• The Pépiole System!

    Après de nombreux tests en CP/CE1 avec ma version des plans de travail, je poursuis cette année, en CE1/CE2.

    Mais, nouvelle année = nouvelle version. Ou plutôt, version évoluée.

    Mais d'abord, un petit point sur les plans de travail.

    Attention, je tiens à préciser que ma façon d'utiliser les plans de travail n'est pas exactement celle de Freinet! Je décris ici ma pratique de classe, mon Pépiole System :). C'est donc ma pédagogie, inspirée de celle de Célestin Freinet, mais aussi de Montessori, tout ça remixé par mes différentes réflexions autour de la classe.

    Un plan de travail, qu'est ce que c'est?

    Un plan de travail, c'est à la fois un outil et une façon de travailler. C'est issu de la pédagogie Freinet.

    Pour faire simple, les élèves ont un objectif à remplir (c'est à dire, certains travaux à réaliser dans un laps de temps donné). A l'intérieur, les élèves gèrent leur travail comme ils veulent.

    Le travail lié à ce plan de travail est du VRAI travail. Le plan de travail n'est surtout pas un ensemble d'activités occupationnelles mais des activités qui mettent en œuvre réflexion, appropriation des notions et entrainement.

    Attention, il faut bien différencier "Plan de travail" et "Plan d'autonomie". Pour beaucoup, le plan de travail, c'est un travail optionnel que les élèves commencent quand ils ont fini le travail obligatoire et magistral donné par la maitresse. Non! Ceci est le plan d'autonomie...ou même pas tout à fait, car en fait, les élèves ne sont pas si autonomes que ça.

     

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    Un plan de travail, à quoi ça sert?

    Le but du plan de travail, ancré dans la pédagogie active, c'est de rendre l'élève acteur de ses apprentissages en le mettant au cœur de situations de recherche.

    Globalement, au lieu d'avoir un schéma classique: découverte de la notion, exercices d'entrainements, évaluation; on a un schéma de recherche: confrontation à un problème, recherche d'informations liées à ce problème, recherche et solution au problème.

    Cependant, n'oublions pas que nous avons à faire avec des enfants de 7 à 9 ans (enfin, moi en tout cas), donc on ne leur demande pas de rechercher seuls le théorème de Pythagore, n'est ce pas?!

    Un exemple concret serait plutôt le suivant:

    Pierre se retrouve donc confronté à un problème: "Quelles sont les terminaisons des verbes au présent?".

    Pierre va donc rechercher des informations liées à ce problème: un affichage dans la classe, des mémos dans un cahier outil, de l'aide auprès d'un camarade qui maitrise (d'où l'intérêt du double niveau) et s'il faut, une explication par la maitresse.

    Pierre va donc trouver une solution à son problème.

    Cette solution va avoir plusieurs niveaux: peut être que Pierre va, au départ, se contenter d'utiliser son cahier outil pour regarder toutes les terminaisons, à chaque verbe qu'il rencontrera (auquel cas, l'enseignant pourra le conduire à remarquer qu'on peut aussi retenir certaines terminaisons facilement), mais peut être que Pierre va tout de suite mémoriser les régularités de conjugaison et les fixer.

    Mais la façon dont le savoir est fixé et le fait que la procédure soit experte ou non dès le premier essai dépend de l'élève et de sa maturation au moment T. C'est ce qu'on appelle la zone de développement proximale. Les chercheurs s'accordent à dire qu'on doit toujours proposer aux élèves quelque chose qui soit juste un peu au dessus de la zone de développement proximale. Si on est en dessous, l'élève s'ennuie. Si on est trop au dessus, l'élève décroche: c'est trop difficile pour lui. Seulement, ma foi, je vous met au défi de trouver une classe entière qui a exactement la même zone de développement proximale! D'où l'intérêt du plan de travail!

     

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    Comment mettre en œuvre des plans de travail en classe ?

    Ma mise en place du plan de travail est, je trouve, très personnelle. On peut calquer exactement ce que prônait Célestin Freinet (à quelques évolutions près). Mais personnellement, j'aime bien faire à ma manière. Je me dis que Monsieur Freinet avait confiance en la capacité des élèves pour être acteurs de leurs apprentissages et je pense qu'il ferait confiance aux enseignants pour réfléchir à sa pratique, se l'approprier et en être acteur dans leur classe.

    Bref, ceci est un aparté: chacun fait bien comme il veut!

    Du coup, voici comment je procède.

    1. Je réserve 2 plages (que j'aime ce mot, en ce mois de juillet) horaires par jour pour le plan de travail. J'ai choisi de réserver une plage (>3) horaire pour le français et une autre plage (<3) horaire pour les maths. Certains font des plages (<3 Ok, j'arrête) horaires qui mélangent français et maths.

    2. J'ai crée un ensemble de fiches (voir article EDL cycle 2 ou Maths cycle 2) avec les différentes notions à travailler. Pour l'année, j'ai environ 5 ou 6 niveaux de fiches. Chaque niveau rebrasse les notions du programme en français ou en maths. Mais chaque niveau est un peu plus difficile que le précédent. Du coup, en fonction du niveau, des notions apparaissent ou disparaissent ou se complexifient.

    NB: Les fichiers PEMF font à peu près la même chose, mais avec moins de niveaux.

    3. J'ai crée un petit livret "Suivi du plan de travail" pour chaque niveau. Sur la première page: un récapitulatif des notions à travailler avec le codage des fiches correspondantes. Cette première page permet à l'élève de voir en un coup d’œil où il en est de sa progression sur la période (et à moi aussi, d'ailleurs). Sur toutes les autres pages: une semaine par page où on reporte les fiches réalisées ainsi que leur évaluation corrective. Cela permet de voir la progression semaine par semaine. On fait un bilan à la fin de chaque semaine.

    EDL CE1/CE2 Période 1

    EDL CE1/CE2 Période 1

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    4. Pour le français:  Chaque semaine, je demande aux élèves de réfléchir sur une thématique par le biais d'un jeu (le même que ceux qu'ils peuvent utiliser en autonomie avant de faire les fiches d'un thème). Cela n'est pas très Freinet, mais j'aime cette façon de travailler en demi-classe sur un thème précis (que certains auront déjà abordé dans le plan de travail, alors que d'autres non). Je trouve que c'est très vecteur d'entraide et de co-apprentissage. Ceci n'est pas du cours magistral au sens où il n'y a pas un "cours" sur la notion et au sens où cette découverte (qui n'en est pas forcément une pour tous les élèves) n'est pas suivie d'exercices d'entrainement. Avant de réaliser une fiche, si c'est la première fiche du thème, l'élève doit/peut réaliser ce petit jeu (individuel ou en binôme) afin de se familiariser/se rappeler la notion en question. Il pourra donc arriver qu'un élève utilise un jeu avant qu'il ne soit présenté en classe. Mais pas de souci pour les jeux de français, ils sont suffisamment intuitifs (ou explicables très rapidement).

    Pour les maths: une fois par semaine, une réflexion mathématique est introduite à l'aide d'un jeu qui se joue par 3 ou 4 (jeu de plateau, souvent) et qui sera réinvesti, par les élèves, tous les jours (dans des ersatz d'ateliers: toutes les 20 minutes, c'est un autre groupe qui va jouer; le restant de la classe étant sur le plan de travail). Ici, le jeu ne peut pas être utilisé avant d'avoir été présenté par la maitresse.

    4 bis. Après avoir expliqué tout cela aux élèves, ils choisissent les fiches qu'ils veulent et les réalisent. Très concrètement: chaque fiche est plastifiée (ça fait des économies de photocopies). On ne recopie sur le cahier que ce qui est de couleur bleue (+ les réponses, évidemment). En fonction de leur niveau (de rapidité surtout), les élèves peuvent choisir d'avoir le programme 1 étoile, 2 étoiles ou 3 étoiles. Lorsqu'on est 3 étoiles, on réalise donc toute la fiche, alors qu'on va s'arrêter à la phrase 3 si on est 1 étoile.

    EDL CE1/CE2 Période 1

    5. Lorsqu'une fiche est faite, l'élève vient me voir et nous corrigeons ensemble.

    6. Lorsque l'élève se sent prêt (au bout de 1, 2, 3 ou 5 fiches sur une notion), il me demande l'évaluation.

    Donc, les élèves ne sont pas obligés de faire toutes les fiches d'une notion pour passer le bilan. Dès qu'un élève a terminé un niveau, il peut passer au suivant.

    ATTENTION: Oui, parfois les élèves vont utiliser des fiches concernant une notion que nous n'avons pas encore travaillé ensemble. Et alors? Nous avons tous appris à marcher et à parler sans suivre une progression établie par nos parents! Et pourtant nous avons réussi. Ce qui compte n'est pas de ne surtout pas faire faire un travail non réalisé précédemment avec l'enseignant. Non! Ce qui compte est que l'élève soit accompagné juste à la bonne dose (et ça n'est pas la même pour tous) pour être en situation de réussite (et évidemment, comme nous l'avons évoqué tout à l'heure, les notions proposées dans les fiches ne sont à la porté des élèves de CE1 ou CE2)

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    Et moi, pendant ce temps là:

    En français: au début de la plage horaire dédiée au plan de travail, je prends tous mes élèves, par petits groupes, pour la lecture à voix haute d'un épisode de notre lecture suivie. Puis, je suis de nouveau disponible pour tout le monde. Je fais exactement ce que tous les enseignants font lorsque leurs élèves sont en exercices d'entrainements. Sauf que chez les miens, aucun ne travaille sur le même exercice!

    En maths: le jour du nouveau jeu, je ne suis disponible que pour les élèves du nouveau jeu (les autres sont en plans de travail, mais dans l'idéal, dès que nous aurons mis les règles en place, les élèves seront soit avec moi sur le nouveau jeu, soit entre eux, en jeux de société)

    Quels sont les avantages d'un plan de travail?

    - Chaque élève choisit des activités qui présentent un intérêt pour lui, à l'instant T. Il est donc, de ce fait, plus concentré.

    - Chaque élève peut bénéficier d'une différenciation importante et vraiment personnalisée. Déjà, il y a le système des étoiles, pour l'histoire de la rapidité. Mais en plus, comme personne ne travaille sur la même notion, le facteur temps n'entre pas en jeu. L'exercice n'a pas besoin d'être fini au bout de 15 minutes parce qu'ensuite, il faut passer au suivant. Chacun son rythme: s'il faut que Martin passe 30 minutes à manipuler des cartes mots pour les ranger dans l'ordre alphabétique avant de pouvoir le faire avec les mots de sa fiche, alors il le fera. Tandis que Paul, aura eu immédiatement l'abstraction d'esprit nécessaire pour faire le classement alphabétique, mais passera 20 minutes sur le jeu de la pronominalisation (dont 10 minutes à l'oral avec la maitresse), car pour lui, remplacer un groupe de mots par un pronom, ça n'est pas évident.

    - L'entraide est favorisée. Puisque chacun a des acquis différents, chacun peut aider un camarade. C'est cool, en plus ça favorise la métacognition (= quand on est capable d'expliquer une notion à quelqu'un, elle est vraiment fixée dans notre esprit).

    - Les élèves gagnent en autonomie. Et attention, autonomie, ça ne veut pas dire, ne pas avoir besoin d'aide et se passer de la maitresse! Surtout pas! Autonomie, c'est être capable d'anticiper et de prévoir son travail, de réaliser seul ce qu'on peut faire seul, d'identifier ce qu'on ne peut pas faire seul et d'utiliser avec discernement et au bon moment les ressources proposées en classe (dont la maitresse, qui est une personne ressource). Notre objectif en tant qu'enseignant (et je le répète souvent à mes élèves), ça n'est pas de faire le travail que la maitresse demande mais d'être capable, lorsqu'on se retrouve face à une situation, de savoir la gérer (et donc parfois, de demander! Car dans la vie, même les adultes ont besoin de demander!).

    - L'élève est acteur de ses apprentissages! Et pour de vrai, cette fois!

    - L'élève est en situation de réussite. Donc en situation de confiance. Parce que, soyons lucides, nos élèves (on en a tous) qui arrivent en CE1 sans savoir lire, sans comprendre ce que signifie le + ou le -, et qui répondent "le cheval" quand on leur demande qui sont les animaux dans la phrase "Le chat et le lapin se promènent"; ne vont pas, d'un coup de baguette magique, rattraper tout leur retard. Donc ces élèves là, qui vont devoir un jour affronter la vie, il faut les blinder niveau confiance en soi et estime de soi!

     

    The Pépiole System!

    Les FAQ:

    Au fait, Freinet, c'est qui?

    Célestin Freinet est un pédagogue français qui a vécu au début du XXème siècle. A l'époque, l'école est centrée sur la matière à enseigner et sur les programmes (tiens, tiens, ça n'a pas trop changé, en fait). Freinet bouleverse ce modèle en plaçant l'élève au cœur de l'école.

    La pédagogie Freinet est une pédagogie dite ACTIVE. C'est à dire que l'élève est acteur de ses apprentissages et il construit ses savoirs à travers des situations de recherche. Je vous renvoie à cet article qui explique très bien ce qu'est une pédagogie active.

     

    Et au niveau des programmes?

    Les fiches de travail suivent les programmes. Donc le programme sera fait. Pas en entier si l'élève est trop en difficulté (mais ça n'aurait pas été le cas en pédagogie traditionnelle non plus). Un peu ou beaucoup dépassé si l'élève est "en avance" (et ça, ça n'aurait pas forcément été le cas en pédagogie traditionnelle).

    Me concernant, pour qu'on ne m'embête pas trop officiellement:

    - Je fais des progressions/programmations par période (un beau document que vous trouverez dans l'article "Rentrée 2017"). Concrètement, ces progressions/programmations correspondent environ aux 5 ou 6 niveaux de fiches. Du coup, mes progressions/programmations ne sont pas faites par thème (par exemple, il n'y a pas "Période 1: l'heure") mais par reprises successives des thèmes (par exemple: période 1: les heures et les demi-heures, période 2: les quart d'heures, période 3: les minutes...). Par contre, à l'intérieur d'une période, il n'y a pas d'ordre précis.

    - Je propose une réflexion sur la langue ou sur les maths, une fois par semaine, par le jeu. Cela permet d'introduire les nouvelles notions. Et je fais une fiche de prép' qui explique le déroulement de la période avec l'introduction des nouvelles notions.

    - J'ai une feuille de suivi des évaluations, très précise, qui me permet de savoir où en est chaque élève à tout instant

    - Je fais un rituel d'orthographe/phonologie et un rituel de grammaire/compréhension tous les jours, hors plan de travail

    - Je ne suis pas inspectée cette année! AhAhAh!

     

    Comment suivre précisément les élèves si tout le monde ne fait pas la même chose au même moment?

    Et bien, justement, grâce à la feuille de suivi du plan de travail dont je vous parlais plus haut!

    Mais les élèves ne sont pas autonomes....

    Si, ils sont autonomes! C'est juste qu'il faut leur expliquer ce qu'on attend d'eux! Votre premier jour de classe en tant qu'enseignant, vous étiez opérationnel, vous? Le temps de comprendre, de s'approprier le fonctionnement et de s'organiser pour répondre à nos exigences: voilà ce que nous ne laissons pas aux élèves.

    Posez vos questions en commentaire: je les rajouterai à l'article !

     

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